Immigration CAP VERT - SENEGAL

Immigration CAP VERT - SENEGAL

" La Diaspora capverdienne entre exclusion et solidarité "  

Selon les statistiques officieuses, quelques 25.000 personnes formeraient la communauté capverdienne au Sénégal dont les premiers membres sont arrivés au début du vingtième siècle. Silencieuse et bien intégrée, elle a joué un rôle important dans la lutte pour l’indépendance du Cap-Vert et dans la modernisation de la musique capverdienne.

Aujourd’hui, elle assiste au retour de certains de ses jeunes membres au pays natal. Malgré ses quatre années vécues à Dakar, João veut poursuivre son voyage. “Comme je n’ai pas pu obtenir un visa pour les États-Unis à Praia, je suis venu à Dakar en espérant avoir un peu plus de chance”, explique cet homme originaire de l’île de Fogo. Déjà, dans les années 1960, certains membres de cette communauté avaient utilisé Dakar comme porte d’entrée dans les pays riches d’Europe Occidentale.

Mais ce ne fut pas toujours ainsi. Lorsqu’ils sont arrivés à Dakar au début du vingtième siècle, les premiers Capverdiens voulaient avant tout s’installer dans le pays voisin. “Je suis arrivé à Dakar il y a 40 ans via la Guinée-Bissau car à l’époque on ne nous donnait pas de passeport”,
rappelle Vítor Rodrigues ( Tita Gaïndé ), coiffeur dans la capitale sénégalaise. “Les trois quarts de ceux qui arrivaient commençaient par habiter le Plateau, dans les rues Carnot, Félix Faure, Thiers, Docteur Thèze ou Raffenel, dans des chambres qui accueillaient quatre personnes.

Puis, ils se sont installés à Gueule-Tapée et dans les Sicap”, renchérit Pierre Lopez, né à Dakar en 1935 de parents capverdiens de la localité de Santa Catarina. Les premiers travaillaient dans les carrières et leur tâche consistait à briser des pierres pour la construction civile, mais il y en avait également dans le secteur de la peinture. “On pouvait gagner entre 100 et 150 francs par jour”, ajoute Pierre Lopez.
Quant aux femmes, elles travaillaient chez les Françaises ou gagnaient leur vie grâce à la couture.

Avec le temps, de nouveaux secteurs ont commencé à accueillir les insulaires comme la marine marchande et les grands commerces français comme la Maison Maureau, Laffont ou Pargat. Au début des années 1960, apparaissent les premiers entrepreneurs capverdiens dans la ménuiserie et la construction civile. Parmi eux,
Furtado Sanchez, Da Silva, Delgado ou Ilídio Teixeira, Carvalho, Nuna.

Ancien étudiant en Droit, Teixeira est passé par les mines de fer mauritaniennes, à Nouadhibou (ex-Port Etienne) avant le retour au Sénégal où il travaille dans le secteur de la peinture. “Je suis Capverdien mais je n’oublie pas le Sénégal qui nous a accueilli et aidé à devenir ce que nous sommes”, dit-il.

Aujourd’hui, les activités des Capverdiens dans la peinture ont considérablement baissé en raison de l’apparition d’une main d’œuvre à bon marché constituée par des citoyens d’origine guinéenne. Cependant, ils continuent à dominer certains secteurs comme la coiffure. “Notre travail est différent”, explique Quinzinho. “En venant ici, je savais que la profession nous permettait de gagner de l’argent.

La coupe rapportait 200 francs et mes revenus mensuels étaient de six mille francs”, indique Vítor Rodrigues. Aujourd’hui, la coupe coûte entre trois et quatre mille francs CFA et, malgré le fermeture de certains salons, l’activité continue à attirer des jeunes comme Noé et Thomas, nés à Dakar. Chacun a son salon à la rue Jules Gomis.

Noé travaillait déjà dans ce secteur dans son Fogo natal. Quant à Thomas, il affirme que sa décision a été prise après une vie passée à s’amuser et marquée par l’abandon scolaire. Le cas de Thomas n’est pas isolé au sein des jeunes de la communauté capverdienne au Sénégal même si ici les chiffres sont loin d’être aussi alarmants que ceux des Capverdiens au Portugal. Les médecins Pierre Santos, Pina Moreira ou Valdemar Cruz sont des contre-exemples de cet échec scolaire.
“Le problème actuel des jeunes est surtout lié au besoin de découvrir le pays natal, notamment par le biais de la culture”, lance Flavie Cardeau, président de l’UFCCVS (Union des femmes catholiques capverdiennes du Sénégal), une des rares associations de Capverdiens au Sénégal. Parmi elles, il y a l’ASSORCAP, à Thiés, ville située à quelques 70 kilomètres de Dakar, la San Jon Organisation, une association tournée vers les manifestations culturelles, et l’ACVOS (Association des Capverdiens originaires du Sénégal), présidée par Ilídio Teixeira.

Par: Vladimir Monteïro " La Diaspora capverdienne entre exclusion et solidarité "